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Il est connu que la salle la plus propre du bloc
opératoire est la salle septique, parce que mieux
nettoyée et fréquemment désinfectée. Mais
il faut s'entendre sur ce qui est considéré comme
septique et surtout comme aseptique. Le classement des pathologies par
classe de septicité permet d'aborder objectivement ce
problème.
Sur cette base devront s'élaborer des
comportements cohérents et écrits, tant en ce qui
concerne le traitement d'air que les attitudes pré, per et
postopératoires. Par exemple, quelles que soient les attentes
éventuelles, le chirurgien ne doit pas se rendre en consultation
ou dans les services de soins entre deux interventions. Dans le
meilleur des cas, il changera de tenue, mais ne pourra rien contre une
contamination temporaire de ses voies aériennes
supérieures par un germe pathogène.
Chirurgie de classe I et de toutes classes
Contrôler la parfaite hygiène et
l'organisation de la salle préalablement à
l'intervention, puis la qualité de la peau du patient et bien
évidemment sa propreté. La chirurgie de classe I
notamment prothétique doit être effectuée en
début de programme avec une tenue propre, dans une salle
maintenue en surpression. Les allées et venues de personnel et
d'anesthésiste sont interdites.
Chirurgie de classe II et III
Le système de traitement d'air doit pouvoir
être placé dans un régime d'iso pression qui permet
de ne pas contaminer l'air extérieur de la salle pendant les
temps opératoires septiques. Les sorties de salle doivent
être évitées et limitées au strict
nécessaire. (Ceci est vrai dans tous les cas).
L'évacuation du linge, des déchets et des
instruments se pratique sur le mode habituel, sauf dans le cas d'une
importante contamination des sols ou des emballages. Dans ce cas, il
faudra éviter de faire pénétrer le chariot de
récupération des instruments dans la salle et pratiquer
correctement une technique de double sac pour le linge et les
déchets.
Chirurgie de classe IV
Cette chirurgie peut être lourde et donc
nécessiter un environnement technique qui amène à
la pratiquer dans le bloc aseptique, généralement mieux
équipé et plus grand. Le traitement d'air doit
réaliser une dépression de la salle, mais uniquement si
elle dispose d'un sas qui permet de ne pas admettre l'air très
pollué du couloir. Dans le cas contraire, le système
d'iso pression décrit précédemment peut constituer
une solution efficace. Les sorties de salle sont proscrites et la
manipulation du linge sale, des déchets et de l'instrumentation
vont correspondre à ce qui était décrit
précédemment. C'est à dire double sac et
chargement de l'instrumentation dans le sas. Après ce type de
chirurgie et dans le cas où les souillures ont été
importantes, il est nécessaire de procéder à un
changement complet de tenue. Le nettoyage détaillé de la
salle doit être effectué aussitôt après la
fin de l'intervention. Il doit précéder la
désinfection pour garantir la sécurité attendue.
Comportements préopératoires
Avant toute intervention, il est nécessaire, que
la salle et les équipements soient propres et que les tenues
utilisées par le personnel le soient également. Pour
cela, elles ne doivent pas quitter le bloc opératoire et ne pas
avoir pu être souillées par des actes contaminants.
Pour le médecin, la source de contamination sera
de passer voir un malade dans le service ou aux urgences. Pour
l'infirmière, ce sera de passer d'une spécialité
à l'autre ou de venir participer au nettoyage des instruments
avant de retourner en salle. Il est tout à fait possible d'agir
différemment en organisant rigoureusement le programme
opératoire, en le respectant dans les faits .
La répartition du personnel doit être
organisée en conséquence sur la base d'une description de
postes précise pour chacun. Avant toute intervention, il faut
réfléchir aux besoins potentiels liés au
déroulement de cette intervention et les prévoir en salle
ou à proximité immédiate, si un stock tampon est
organisé entre la salle et le couloir du bloc. Ceci suppose
avant tout d'arrêter, avec chaque chirurgien, la liste exacte et
exhaustive du contenu de chaque boîte, de l'instrumentation
indispensable à chaque temps opératoire et des
instruments à l'unité susceptibles d'être
utilisés. Cette démarche est incontournable pour obtenir
une bonne qualité du fonctionnement per-opératoire, mais
aussi de la stérilisation.
En effet, chaque liste établie permettra au
personnel travaillant au conditionnement de vérifier la
composition des boîtes avant leur passage à
l'autoclave. La même démarche s'applique à
l'ensemble du matériel et des produits nécessaires au
chirurgien et à l'anesthésiste.
Le Patient
Il doit bien entendu être l'objet de toutes les
attentions. La qualité hygiénique de son revêtement
cutané, sa propreté, l'absence d'excoriations dues au
rasage doivent être vérifiées, notées et
toute présence de foyer infectieux cutané doit être
signalée.
Son installation sur la table d'opération doit
être pratiquée avec des mains propres, (attention au
brancardier) et avec du matériel propre. Les accessoires de
table doivent être nettoyable aisément, ce que ne facilite
pas la présence de bandages ou de sparadraps.
Les coussins et le plateau de la table doivent
être nettoyés entre deux interventions et ainsi que bien
entendu, le matériel d'anesthésie.
L'installation doit être réalisée en
présence du médecin et dans tous les cas, au moins
vérifiée par le chirurgien avant la pose des champs. Dans
la mesure du possible et dans tous les cas où s'envisage la pose
d'une prothèse, le rasage doit être effectué juste
avant d'amener le patient au bloc opératoire ou
éventuellement organisé au sein de ce bloc dans un local
conçu à cet effet où sera
intégré le souci de calmer et de rassurer le patient.
Toutes les vérifications d'usage concernant
l'identité du patient, les indications médicales
particulières, les allergies éventuelles et la nature de
l'intervention doivent être effectuées
systématiquement. L'antisepsie de la peau doit être
compatible avec celle qui a été pratiquée dans le
service (s'assurer qu'il n'y a pas de combinaison possible entre
dérivés mercuriels et iodés).
Dans le cas d'anesthésies locales ou partielles,
ne pas oublier que le patient entend et voit ce qui l'entoure. En
conséquence, il est important de maintenir en toute circonstance
un comportement silencieux et rigoureux. Ce patient va constituer
ensuite une source de pollution pour le bloc opératoire, c'est
pourquoi il devra porter une coiffe couvrant les cheveux. Dans tous les
cas, les différents actes de rasage,
pré-anesthésie et surveillance
pré-opératoire devront être réalisés
dans une ambiance favorisant la détente et aussi peu que
possible génératrice de stress.
L'équipe opératoire
Son rôle essentiel à ce niveau sera d'abord
de parler au malade, de vérifier son installation et ensuite de
se laver les mains. Le lavage des mains doit être
systématique, prolongé mais pas agressif. Le brossage
doit être limité aux ongles, à l'espace inter
digital et au bord cubital de la main. Le brossage prolongé de
la main et des avant-bras avec un savon antiseptique ou le brossage
avec une éponge pré-impregnée, permettent
d'éviter les agressions répétées du
revêtement cutané qui se traduisent par des irritations et
une modification de l'écologie microbienne de la peau.
Le rinçage à l'eau de ville est amplement
suffisant si les contrôles bactériologiques
régulièrement pratiqués confirment sa
propreté. Le séchage rigoureux des avant-bras est
important. Dans le cas contraire, les manches de la casaque
stérile sont immédiatement rendues perméables
à toute les contaminations, surtout si elles sont en coton non
traité.
L'habillage stérile doit être
pratiqué dans une zone propre. La bavette de la casaque ne
constitue pas une protection suffisante et le chirurgien doit
impérativement porter un masque efficace et bien posé.
Pour les opérations longues, il doit porter un groin.
Dans ce cas, l'équipe doit impérativement
comporter une instrumentiste qui a pour mission essentielle de
maintenir une instrumentation propre et de la préserver de
l'aérobiocontamination. Un essuyage systématique suivi
d'une protection sous un champs permet de réaliser cet objectif.
La même démarche se traduit par la protection sous des
champs stériles, de l'instrumentation décomposée
en temps opératoires distincts. Cette précaution,
fréquemment pratiquée en chirurgie orthopédique,
est parfaitement justifiée dans toutes les
spécialités. Il faut se souvenir qu'à la phase
pré-opératoire correspond un niveau de pollution de l'air
de la salle qui est toujours très important et que le meilleur
moyen de le limiter est de prévenir toute agitation inutile.
Enfin, la compétence technique de l'aide opératoire n'est
pas à négliger. A défaut d'être
médicale, elle doit au minimum reposer sur une formation
validée d'infirmière de salle d'opération. Enfin,
il est important de souligner que la protection du personnel,
opératoire ou non, doit faire l'objet de toutes les attentions.
L'équipe opératoire doit se protéger par des
lunettes ou des visières fixées sur le masque. L'usage de
systèmes d'aspiration jetables et de flacons de redon en
plastique est également fortement recommandé. Toutes ces
mesures visent à réduire les risques de contamination
virale.
Comportements per-opératoires
Il n'est pas question ici de prétendre
évoquer de manière exhaustive la totalité des
pratiques, notamment chirurgicales, qui permettent de limiter les
complications infectieuses. Elles sortent totalement du champ de
l'évaluation qui est pratiquée et ne sont
évoquées ici que par souci de cohérence. Par
contre il est intéressant de situer les aspects principaux de
cette prévention, notamment au niveau des comportements les plus
simples et les plus quotidiens. Tout d'abord, il convient de limiter le
nombre de personnes présentes en salle au strict
nécessaire. Une intervention bien organisée permettra de
limiter les déplacements et donc les sources de pollution. Le
drappage doit tenir compte de la direction du flux d'air. Dans le cas
d'un flux horizontal, il faut veiller à laisser un espace
libre entre le champ et le sol, suffisamment important pour que la
masse d'air circule sans entraîner de turbulences. Elles ont pour
effet de faire remonter des particules provenant du sol vers la plaie.
Il doit assurer une bonne séparation de l'anesthésiste,
sauf dans le cas d'un flux horizontal où il faut
éviter de dresser une barrière importante qui interdit le
passage de l'air et qui crée des turbulences où peut se
concentrer une importante pollution particulaire.
L'usage de pinces à champs doit être
proscrite au bénéfice de pinces plates ou de bandes
collantes. Les perforations qui résultent de l'utilisation des
pinces à champs détériorent les champs de bonne
qualité et aggravent encore les défauts
d'étanchéité des champs en coton. Les films
adhésifs, bien que décriés par certains, semblent
constituer une protection valable de la plaie opératoire.
L'éventuelle prolifération microbienne au point
d'incision résistera mal à un lavage fréquent de
la plaie qui semble intervenir dans la prévention des
complications pariétales. La qualité de
l'hémostase ne doit pas être sacrifiée à la
vitesse d'intervention. La reprise d'une infection sur hématome
représente une perte de temps beaucoup plus sérieuse,
sans parler du coût de cette ré intervention et surtout du
préjudice subit par le patient.
En règle générale, il
apparaît que les complications infectieuses
postopératoires sont dans la plupart des cas directement
imputables au geste chirurgical. Ceci ne signifie pas que le patient
n'ait pas été bien opéré, mais que sa peau
pouvait être lésée, que l'hémostase pouvait
être insuffisante ou que l'instrumentation pouvait être
contaminée. C'est en cela qu'intervient l'instrumentiste, comme évoqué précédemment.
La qualité de la stérilisation et des
conditionnements intervient également de manière tout
à fait directe. Le type de barrière utilisée par
l'équipe chirurgicale pour isoler la plaie, champs non
tissé, microfibres de polyester ou tissu barrière,
intervient sensiblement sur l'efficacité de la protection
de la plaie. Seul un produit parfaitement imperméable doit
être envisagé. Il en est de même pour les casaques.
Un des critères de choix est souvent le prix, ce qui est
aisément compréhensible. Néanmoins pour bien
comparer, il faut intégrer la totalité des
paramètres et notamment les coûts de stockage des produits
stériles et de destruction des déchets.
Anesthésie
L'anesthésiste, dont le rôle est majeur en
matière de gestion des risques, intervient également dans
la prévention des complications infectieuses. La limitation des
déplacements, difficile à réaliser dans certains
cas, ne doit pas devenir une circulation permanente entre les salles.
Beaucoup de ces comportements sont davantage liés aux habitudes
et au confort qu'à de réelles
nécessités médicales.
L'antisepsie rigoureuse du bouchon au cours du
renouvellement des flacons, mais aussi de la peau avant la pose d'un
cathéter court sont des notions élémentaires
parfois négligées.
Ces détails prennent leur importance quand la
main qui soigne est magnifiquement ornée de pierreries,
artistement montées sur des ciselures complexes! Il est vrai
qu'une bouche n'est pas propre, mais ce n'est pas une raison suffisante
pour ne pas utiliser de sondes d'intubation stériles ou pour
oublier de nettoyer la lame du laryngoscope. Les circuits internes des
respirateurs sont aujourd'hui tous autoclavables. Le coût modique
de ce traitement permet de le rendre quotidien. L'usage de filtre
bactériologique sur le circuit patient apporte par ailleurs une
sécurité appréciable.
Suivi des résultats
Le suivi systématique des complications
respiratoires post-anesthésiques, associé au suivi des
veinites, des infections urinaires et bien entendu des complications
pariétales, constituera le meilleur moyen d'évaluer la
qualité de la prévention globale du risque infectieux.
S'y astreindre est un signe évident de la volonté de
mettre en place une démarche d'assurance qualité. Ce
suivi constitue une méthode efficace de maintien de la
sensibilisation nécessaire à l'acceptation de la rigueur
au quotidien.
Conclusion
Il apparaît clairement que la mise en oeuvre des
moyens nécessaires à la prévention des risques
anesthésiques et infectieux au bloc opératoire exige des
budgets importants, notamment sur le plan des équipements, des
techniques et de l'architecture. Mais il n'est pas inutile de conserver
à l'esprit des notions simples.
Il est possible de bien opérer des patients dans
des installations peu sophistiquées si elles sont propres, en
bon état et si la rigueur des comportements, notamment
chirurgicaux, permet de limiter les risques là où ils
sont les plus importants. Une longue énumération des
techniques ne signifie pas qu'elles constituent une assurance tous
risques et qu'elles dispensent des attitudes rigoureuses qui sont
quotidiennement indispensables à la pratique de la
chirurgie.
Ceci conduit à envisager la prévention
globale des risques et particulièrement des infections au bloc
opératoire, sous l'angle de la cohérence des moyens mis
en oeuvre. Nous avons vu qu'ils sont nombreux et coûteux, ce qui
doit conduire à une approche efficace, c'est à dire selon
le meilleur rapport coût/efficacité. Pour cela, il
convient de s'informer objectivement, ce qui n'est pas toujours le plus
simple, et de se tenir à distance des phénomènes
de mode et des solutions miraculeuses. L'expérience et le bon
sens démontrent que la sécurité repose d'abord sur
une bonne connaissance des risques et sur une approche claire et simple
de leur prévention.
Les investissements de prestige, notamment pour le
traitement d'air, n'ont de valeur que s'ils s'accompagnent de la
rigueur correspondante au niveau des comportements et de la
stérilisation.
Au sein d'un bloc opératoire, les risques,
notamment micro biologiques, sont quantifiables, même si les
paramètres à intégrer sont nombreux. A chaque
problème correspond une solution efficace. Il revient à
chacun, au sein de sa propre structure, de hiérarchiser ses
risques et d'y apporter les solutions qui lui semblent raisonnablement
les meilleures.
Enfin, la gestion des risques, envisagée
prioritairement pour le malade, s'applique aussi à l'ensemble du
personnel oeuvrant dans un bloc opératoire. La prise en compte
systématique du risque de contamination liée au sang doit
devenir naturelle. Efficace contre le HIV, elle permettra de
réduire par la même occasion les cas d'hépatites B
et C.
Pour conclure, il faut insister sur la
nécessité de l'évaluation des résultats.
Elle peut et doit se pratiquer sous forme statistique. Cette
démarche doit être connue de tous, simple, facile à
comprendre et à suivre dans son évolution. Elle reste
encore assez peu développée pour beaucoup
d'établissements.
C'est pourquoi il semble réaliste de
privilégier un mode d'évaluation pratique en mettant en
place des instruments de communication entre les services et le bloc
opératoire. Ceci permettra à son responsable d'être
immédiatement informé des complications, même
légères apparaissant secondairement dans les services. Un
document simple, tel que celui proposé en annexe, peut faciliter
cette communication indispensable, mais en pratique, souvent difficile.
Cultiver sa propre notion de qualité
derrière une muraille infranchissable pour le reste de
l'établissement ne constitue pas une attitude de progrès,
mais un protectionnisme bien commode pour ne pas avoir à se
remettre en cause. La circulation de l'information apportera tôt
ou tard, le lot de complications qui rendra ces remises en cause
inévitables. La différence essentielle et très
positive réside dans le fait qu'elles ne seront plus
niées, mais utilisées pour progresser.
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